Avant-après les années 2000 – Chapitre 2 – Le logement entre croissance fractale et programmation control-freak

(Voir les autres articles :
> Chapitre 1 – Avant-après les années 2000 – Quelle mutation depuis la Ville Franchisée ?
Chapitre 3 – Les années 2000 et l’activité : un programme à deux faces
Chapitre 4 – Les années 2000 et la ville Hors-champ (de l’urbanisme))

Les années 2000 : le logement entre croissance fractale et programmation control-freak

Finalement à quoi s’attend-t-on quand on pense à la question du logement dans les années 2000 ? Un peu d’ANRU et une marée pavillonnaire (et de zones commerciales qualifiées de “moches” par Télérama) visibles du ciel et soutenus par des chiffres éloquents montrant combien la partie se jouerait loin de l’urbanisme “des urbanistes” ?

L’exemple de Sénart entre 2001 et 2009 (comparez en bougeant le curseur)


Regardons donc d’abord un peu les chiffres et notamment ceux du logement :

construction de logement

De prime abord la suprématie de l’individuel et la chute de construction post-crise de 2008 sautent aux yeux. Mais en regardant de plus près, au cours des années 2000, la courbe des logements collectifs en passant de 122 000 logts/an en 2003 a 193 000 en 2007 a quasiment rejoint celle de l’individuel qui passait de 201 000 à 236 000 dans le même temps. Post-crise, ce rapprochement s’est maintenu en conservant un écart de 30 000 logts/an constant entre les deux courbes.
Cela veut-il dire que l’expansion pavillonnaire a été stoppée ? Non, mais cela montre peut-être un changement dans le développement urbain. Quel serait ce changement, tenant compte de la décentralisation et surtout de la loi SRU ? Que voit-on sur les photos aériennes ?

Eh bien comme on le voit plus en détail dans les photos ci-dessous, contrairement à ce qu’on pourrait penser, il est difficile d’observer des projets “monoprogramme” pavillonnaires comme celui de Sénart au cours des années 2000. Bien sûr il en existe encore quelques-uns en grandes banlieues de grandes métropoles, mais rien de comparable aux années 80 et 90.
Ce qu’on observe assez facilement en revanche et qui est plus intéressant, c’est l’accroissement du mitage dans le péri-urbain au contact du monde agricole : sur la base de trames agricoles et de l’implantation de fermes et de villas plus moins isolées, une arborescence de micro-projets s’est constituée (division de fond de parcelle, micro-lotissements, etc) aboutissant à un tissu d’impasses et de branches ayant bien des similitudes avec une croissance fractale (par exemple : une maison isolée permet la construction de deux autres maisons, qui permettent chacune la construction de deux autres maisons, etc.) .

Exemples de ces croissances fractales :
Aix-en-Provence – 2002 -> 2011 ((comparez en bougeant le curseur et observez bien toutes les micro-opérations)

Saint-Genis-Laval – 2002 ->2011 (comparez en bougeant le curseur

L’ANRU et les grands projets de renouvellement urbain : symboles des années 2000

Mais ce n’est évidemment pas le seul vecteur de développement du logement dans les années 2000. Car c’est à cette époque qu’entrent en scène le renouvellement urbain au sens large, les projets de reconversion de friches urbaines et de casernes désaffectées, les nouveaux quartiers de gare et les projets ANRU qui sont bien visibles en photos aériennes. Cet urbanisme nouveau, fondé sur des concepts relativement proches les uns des autres ou qui se complètent (la ville passante de Mangin, le bocage urbain et l’îlot ouvert de Portzamparc, le remodelage de Castro, la résidentialisation de Panerai) est probablement a l’origine du rapprochement de courbes mentionné plus haut entre logements collectifs et pavillonnaires. Au prix d’un important effort d’ingénierie, de conception et de montage, on a réussi à faire de la ville souvent plus dense, plus qualitative, plus intégrée et moins dispendieuse d’espaces agricoles (cf article du ministère montrant l’impact du pavillonnaire sur l’étalement urbain). Ouf. Mais quel rapport entre les deux modes de production ? Quand on voit la façon dont se développe le mitage, n’y a-t-il pas un peu une forme d’ironie à s’affairer comme nous le faisons tous, comme des control-freaks, sur les projets de renouvellement urbain ?…

Boulogne sur mer – Projet ANRU du quartier Transition – 2002 ->2011 (comparez en bougeant le curseur)

Grenoble – Projet ANRU – quartier Teisseire – 2003 ->2012 (comparez en bougeant le curseur)

Strasbourg – Projet ANRU – quartier Neuhoff – 2002 ->2012 (comparez en bougeant le curseur)

Grenoble – Caserne de Bonne – 2002 ->2011 (comparez en bougeant le curseur)

Angers – Caserne Desjardins – 2002 ->2012 (comparez en bougeant le curseur)

Lyon – Confluence – 2002 ->2012 (comparez en bougeant le curseur)